Héraclès
Héraclès est l'homme le plus fort de la terre. Rien de ce qui vit dans l'air, la mer ou la terre ne peut jamais le vaincre. Il se montre d'ailleurs beaucoup plus fort qu'intelligent quand, par exemple, il crie aux vagues d'arrêter de ballotter son bateau sous peine de punition ou quand il menace le soleil de sa flèche parce qu'il a trop chaud... Mais c'est un grand sensible et cette qualité fera son malheur .
Fils d'Alcmène que Zeus a aimée, il montre dès son berceau sa force herculéenne. Les Romains ont fait d'Héraclès leur fameux Hercule. Héra dévorée de haine contre ce nouvel enfant de Zeus envoie chez lui deux longs serpents. Ils se glissent jusqu'à la chambre où Héraclès dort. Aux cris que pousse son frère jumeau Iphiclès, Alcmène entre dans la chambre. Elle trouve Héraclès assis dans son berceau, riant aux éclats et tenant dans chaque main un serpent étouffé sous l'étreinte de ses puissantes menottes.
En grandissant, Héraclès n'apprend que ce qu'il aime. Et il n'aime pas trop ce qu'on lui apprend. A douze ans, il assomme ainsi son professeur de musique d'un coup de luth sur la tête; pour la première fois, il tue quelqu'un sans le faire exprès : ce ne sera pas la dernière. Quelques années plus tard, il épouse la princesse Megarée. Il en a trois beaux enfants et aurait pu être très heureux en famille si, un beau jour , il n'avait tué tout le monde dans un accès de colère aveug1e. quand il revient à la raison et qu'il voit la salle tout éclaboussée du sang de sa femme et de ses enfants, il veut mettre fin à ses jours. Son ami Thésée l'en empêche, mais Héraclès se sent coupable et va consulter l'oracle de Delphes pour savoir comment effacer ses meurtres. L'oracle lui dit de se rendre à Mycènes, et là, le roi lui ordonne pour expier sa faute douze travaux réputés infaisables.
Héraclès les fera tous. Pour l'aider, Hermès lui donne une épée, Apollon un arc et des flèches garnies de plumes d'aigle, Héphaïstos un plastron d'or, Poséidon une paire de chevaux et Zeus un magnifique bouclier en émail et ivoire que rien ne peut entamer. En vérité, Héraclès n'utilisera qu'une massue qu'il a lui-même taillée dans un olivier et un arc.
Héraclès
doit tuer le lion terrible qui vit près de Némée. C'est
une bête gigantesque avec une peau que rien n'entame, ni le fer, ni le
bronze, ni la pierre. Elle dévore tous les habitants à des dizaines
de kilomètres à1a ronde. Tant et si bien que lorsque Héraclès
arrive sur place, il ne trouve personne pour le renseigner, et comme il ne voit
aucune empreinte du fauve, il se demande où il pourra bien le trouver.
Tout à coup voilà le lion qui surgit de derrière un buisson,
tout maculé du sang de sa dernière victime, un lambeau de chair
encore accroché à ses crocs puissants. Héraclès
bande son arc, tire une volée de flèches. Elles rebondissent sur
la peau épaisse et le fauve se contente de lécher son flancs en
bâillant. Héraclès essaie son épée: elle se
plie comme du fer blanc. Il brandit enfin sa massue et en assène un tel
coup que le lion rentre dans sa tanière en secouant la tête comme
si les oreilles lui tintaient. Héraclès, comprenant que ses armes
ne lui serviront à rien, se précipite contre le monstre à
mains nues. Le lion lui arrache un doigt. Avec les autres, Héraclès
le prend à la gorge et il serre, serre. Et il étouffe la bête.
Alors, avec les propres griffes du fauve, tranchantes comme un rasoir, il entaille
la peau et s'en fait une armure invulnérable pour affronter ses prochains
combats.
Lerne
se trouve près d'Argos, dans une région fertile et sacrée
parce qu'on y célèbre des rites nocturnes secrets en l'honneur
de Dionysos qui est descendu au Tartare à cet endroit. Mais toute la
population vit dans la terreur d'une bête monstrueuse: l'Hydre. Son repaire
se trouve sous un platane, dans un marais sans fond devenu le tombeau de bien
des voyageurs imprudents. L'Hydre a le corps d'un immense crustacé et
neuf têtes de serpents dont l'une est immortelle (certains prétendent
qu'elle en a cinquante et même cent). Le poison qu'elle répand
est si fort que son haleine seule ou l'odeur laissée après son
passage suffit à faire mourir.
Héraclès force l'Hydre à sortir de son repaire en lui lançant
des flèches embrasées, retenant son souffle, il s'empare d'elle.
Mais la queue de l'Hydre s'enroule autour de ses pieds pour essayer de le faire
tomber. C'est en vain qu'il frappe avec sa massue: à peine a-t-il écrasé
une tête qu'il en repousse trois. A un moment, un crabe énorme
sort des marais pour venir en aide à l'Hydre et le mord au pied. Héraclès
furieux appelle à l'aide son neveu Iolas qui arrive avec des brandons
enflammés. Maintenant, tout va très vite. Héraclès
coupe les têtes avec une serpe d'or, et Iolas cautérise les chairs
à leur racine, ce qui arrête le sang qui fait repousser les têtes.
Alors, Héraclès coupe encore la dernière tête, l'immortelle,
et l'enterre, toute vivante encore de sifflements terribles, sous un lourd rocher.
Puis il arrache les entrailles du cadavre et trempe ses flèches dans
son venin. Depuis lors, la moindre blessure de l'une d'elles est irrémédiablement
mortelle.
Cette biche tachetée consacrée à Artémis, rapide à la course, possède des sabots d'airain et des cornes d'or. Héraclès arrive en vue de la colline de Cérynie. Comme il ne doit ni tuer la biche, ni la blesser, il décide de l'épuiser à la course. Il la poursuit sans relâche pendant une année entière. Finalement exténuée, la biche descend boire-au fleuve Ladon. Héraclès bande son arc, et, d'une flèche qui passe entre l'os et le tendon, sans que soit répandue une seule goutte de sang, il lui immobilise les deux pattes de devant. L'ayant chargée sur ses épaules, il traverse l'Arcadie et se hâte vers Mycènes.
Cette bête sauvage, monstrueusement grande, vit sur les pentes recouvertes de cyprès du mont Érymanthe, et dévaste le pays. Héraclès attend l'hiver et réussit à faire sortir le sanglier de sa tanière en poussant de grands cris. La poursuite commence. Héraclès force le sanglier dans la montagne enneigée pendant plusieurs jours, l'attire dans un trou profond rempli de neige et saute sur son dos. Il l'attache alors avec des chaînes et l'emporte sur ses épaules au roi de Mycènes.
Elles sont d'une saleté répugnante et Héraclès
doit les nettoyer en un jour. Augias, roi d'Elide et fils d'Hélios, le
soleil, est l'homme le plus riche de la terre en bétail. Ses troupeaux
ne sont jamais malades et sont d'une fécondité extraordinaire.
Augias possède 300 taureaux noirs à pattes blanches, 200 taureaux
rouges, et douze taureaux blanc argenté consacrés à son
père Hélios. Mais le fumier d'Augias n'a pas été
enlevé depuis de nombreuses années et sa puanteur se répand
à travers tout le Péloponnèse. Et les pâturages de
la vallée sont recouverts d'une couche si épaisse de bouse qu'on
ne peut même plus labourer pour semer du grain.
Héraclès salue Augias de loin et lui dit qu'il va lui nettoyer
son écurie en un jour en échange d'un dixième de son troupeau.
Augias se met à rire. Il est tellement sûr qu'Héraclès
n'y arrivera pas! Héraclès commence par faire deux brèches
dans un mur des écuries; puis il dévie le cours des deux fleuves
voisins, l'Alphée et le Pénée, et les eaux se précipitent
dans les écuries, les traversent, les nettoient, charrient l'énorme
quantité de fumier et s'en vont ensuite nettoyer la bouse qui recouvre
les pâturages et les vallées. Mission accomplie pour Héraclès,
sans qu'il se soit sali le bout du doigt ! Mais Augias ne tiendra jamais sa
promesse.
Ils sont grands comme des grues et leur bec est un pic de bronze, comme le
sont aussi leurs ailes et leurs pattes. Les oiseaux du lac Stymphale sont plus
féroces que les lions ou les léopards. Ils nichent dans des forêts
qui entourent le lac d'où ils s'envolent par bandes pour aller tuer des
hommes et des animaux en leur lançant une grêle de plumes de bronze.
Et leur fiente empoisonnée détruit toutes les récoltes.
A plusieurs kilomètres à la ronde, ils sont la terreur des paysans.
Héraclès comprend tout de suite qu'il ne pourra pas les tuer avec
ses flèches, à cause des épaisses forêts qui les
cachent. De plus, il ne peut pas s'aventurer par le fleuve dans la forêt
car ses eaux marécageuses ne sont ni assez fermes pour supporter le poids
d'un homme, ni assez liquides pour supporter un bateau. Héraclès
est indécis. Debout au bord du fleuve, il se demande comment il va s'y
prendre. Heureusement, Athéna qui l'a toujours aidé dans les moments
difficiles, accourt avec une paire de castagnettes en bronze. Et voilà
Héraclès qui joue des castagnettes, et qui fait un tel vacarme
que les oiseaux, fous de terreur, s'élèvent dans le ciel par bandes,
en un vol immense. Alors, saisissant son arc avec la rapidité de l'éclair
, Héraclès les abat. Il va si vite qu'on n'a même pas le
temps de le voir armer son arc de nouvelles flèches, et rejouer des castagnettes
encore et encore. A la fin de la journée, Héraclès a abattu
tous ces oiseaux de malheur.
Un taureau effrayant ravage l'île de Crète. Enorme, indomptable, sauvage, Poséidon l'a autrefois offert à Minos, le roi de Crète. Il souffle les champs, renverse les vignes et arrache les arbres des vergers. Héraclès, chargé d'en finir avec lui, s'embarque pour la Crète et l'affronte à mains nues. Le combat dure plusieurs jours. Héraclès finit par le dompter et le rendre doux comme un agneau. Il le met sur un bateau et le ramène à Mycènes.
Diomède est roi de Thrace. Ses superbes juments sont la terreur du pays : Diomède les maintient attachées par des chaînes de fer à leurs mangeoires de bronze et les nourrit de la chair de ses hôtes ! Héraclès arrive en Thrace. Il réussit à pénétrer dans les écuries de Diomède, à détacher les folles cavales. Puis, il les conduit jusqu'à la mer, loin de la ville, et les parque sur un monticule. Là dessus, il retourne vers la ville où la population, s'est levée en masse autour de son roi. Héraclès, joue de sa massue, en massacre un bon nombre. Puis il assomme Diomède, traîne son corps jusqu'au troupeau des juments qui dévorent sa chair encore vivante... Une fois les juments rassasiées, il en vient facilement à bout.
Elle s'appelle Hippolyte et porte une ceinture d'or que lui a donnée
Arès, le dieu de la guerre. La reine des Amazones est à la tête
d'une véritable armée de femmes qui combattent et gouvernent à
la fois. Elles ne respectent ni la justice ni la pudeur, mais sont célèbres
par leur nature guerrière. A cheval toute la journée, elles portent
des casques, des ceintures et des vêtements en peau de bête sauvage.
Héraclès doit affronter cette bande de femmes ensauvagées,
brillantes, belles et guerrières. Après un long voyage, il jette
l'ancre dans le port de Yhemiscra. La reine des Amazones lui rend visite comme
à un hôte. Les Amazones choisissent toujours les hommes qui leur
plaisent et Héraclès plaît beaucoup à Hippolyte car
il est beau et musclé. Elle tombe amoureuse de lui et lui offre sa ceinture.
Mais, entre-temps, Héra, qui n'a jamais cessé de détester
Héraclès, a fait courir le bruit qu'il veut enlever Hippolyte.
Voilà toutes les Amazones en selle, pour défendre leur reine:
Sus à Héraclès! Le héros doit se défendre
comme un diable avec sa massue et se trouve bien obligé de tuer un grand
nombre d'Amazones.
Géryon est roi d'Érythie, en Espagne, et fils du Titan Okéanos.
Il est né avec trois têtes, six mains et trois corps réunis
à la taille, mais il a les plus merveilleux troupeaux du monde. Héraclès
se met donc en route pour l'Europe. Quand il touche enfin la terre qui se trouve
au bout de la Méditerranée, il sépare en deux, pour pouvoir
passer , une gigantesque montagne rocheuse que l'on appelle depuis les Colonnes
d'Héraclès. C'est Gibraltar et Ceuta.
Aussitôt arrivé au mont Atlas où se trouvent les troupeaux,
il commence par abattre avec sa massue le terrible et monstrueux chien à
deux têtes de Géryon, Othro, qui gardait ses troupeaux, puis le
berger, qui, lui, n'a qu'une tête. Enfin, la voie est libre pour Héraclès.
Il entreprend de rassembler le troupeau. Mais Géryon a été
averti et il arrive, monstrueux... défie Héraclès en combat
singulier ...Mal lui en prend! Car Héraclès, toujours le plus
fort, lui transperce le flanc de ses flèches. Pauvre Géryon! Il
meurt lamentablement pendant qu Héraclès emmène ses troupeaux
jusqu'en Grèce.
Héraclès a déjà accompli dix travaux en l'espace
de huit ans et un mois. Mais le roi de Mycènes estime que ce n'est pas
assez. Il lui ordonne d'aller jusqu'en Europe extrême orientale, dérober
dans le jardin des Hespérides les fruits du pommier d'or que la Terre-Mère
a jadis donné à Héra. Le jardin se trouve sur les pentes
du mont Atlas, là où les chevaux du char du soleil, hors d'haleine,
achèvent leur course le soir, loin à l'ouest de la Grèce.
Héraclès demande conseil à Prométhée, le
sage, le malin. Prométhée lui conseille de ne pas cueillir les
pommes lui-même, mais d'en charger Atlas qui connaît bien les lieux.
Oui, Atlas porte la voûte du ciel... Qu'à cela ne tienne, Héraclès
va porter le ciel à sa place. Atlas, très content de lui rendre
ce petit service, se débarrasse quelques instants de son formidable fardeau
et rapporte très vite trois pommes d'or. Seulement voilà, Atlas
a goûté à la liberté et n'a pas du tout envie de
reprendre ses chaînes et son ciel. Il dit à Héraclès
: " Garde encore un peu le ciel, j'irai porter moi-même les pommes
à Eurysthée! " Héraclès se doutant qu' Atlas
ne voudra jamais reprendre son fardeau, répond: " D'accord, mais
sois gentil, Atlas. Prends le ciel un petit instant, que je m'installe un coussinet
sur la tête car le ciel est vraiment dur! ". Atlas, confiant, pose
les pommes, reprend son fardeau... et Héraclès l'y laisse pour
de bon en lui faisant un grand salut.
C'est
le dernier et le plus difficile des travaux. Cerbère étant le
gardien des Enfers, il faut descendre au pays des morts. Héraclès
se prépare en participant aux Mystères d'Eleusis. Purifié
par le prêtre, il prête serment de ne jamais dévoiler les
secrets du Mystère (c'est pourquoi on ne sait pas trop ce qui s'y est
passé). Le voilà prêt pour sa descente. Il pénètre
dans une grotte près de la mer Noire, où l'on peut encore voir
les traces de son entrée vers les grandes profondeurs. Athéna
et Hermès le guident pour son long voyage.
Arrivé enfin sur les rives du Styx, Charon, le passeur, est terrorisé
par son air farouche et le prend aussitôt sur sa vieille barque délabrée.
Mais comme les vivants n'ont pas le droit d'aller chez les Morts, Charon sera
puni par Hadès: un an d'emprisonnement pour avoir passé Héraclès
! Arrivé devant Hadès et Perséphone, Héraclès
réclame Cerbère: " Tu l'auras à condition que tu arrives
à le maîtriser sans te servir de tes armes. "
Héraclès découvre le terrible chien. Attaché par
des chaînes, il montre les crocs de ses trois têtes où grouillent
d'horribles serpents. Sa queue, hérissée de fer, se dresse, prête
à frapper, mais Héraclès, protégé par sa
peau de lion, le prend à bras le corps et commence à l'étouffer.
Cerbère s'aplatit et se soumet.
Héraclès, qui a terminé depuis longtemps déjà
ses " douze travaux " rentre chez lui avec une nouvelle épouse,
Déjanire. Ils arrivent à un fleuve dont les eaux ont grossi. Impossible
de traverser . Coup de chance! Il y a un passeur... C'est le centaure Nessus.
Très méchant, très retors, très Centaure... ce Nessus.
Il fait partie de ces êtres cruels, moitié hommes par le haut,
moitié chevaux par le bas qui gambadent sur les pentes herbues, dans
les clairières et les forêts, et s'attaquent férocement
aux jeunes gens et jeunes filles. Nessus commence par prendre Déjanire
sur son dos, et au beau milieu du fleuve se met à l'insulter! Déjanire
crie. Héraclès, fou de rage, décoche à Nessus, depuis
la rive, une flèche qui le transperce. Nessus s'abat tout sanglant sur
l'autre rive. Mais en mourant, il dit à Déjanire de prendre un
peu de son sang et de s'en servir comme d'un charme si Héraclès,
un jour, lui préférait une autre femme...
...Quelques années se sont écoulées. Héraclès
est follement épris de Iole, fille du roi Eurytos qu'il a d'ailleurs
tué et dont il a pris la ville... Pour Déjanire, c'est le moment
d'agir. Elle choisit une tunique splendide, l'oint du sang de Nessus et charge
un messager de porter la tunique à Héraclès. L'effet est
foudroyant. Héraclès n'a pas sitôt passé la tunique
qu'il entre en convulsions. Dans son agonie, il trouve le moyen de tuer le messager
de Déjanire qui est, bien entendu, complètement innocent. Mais
s'il peut encore tuer les autres, il ne parvient pas à mourir lui-même.
Déjanire, apprenant le terrible effet de son présent, s'est donné
la mort. Alors, Héraclès décide de faire comme elle. Puisque
la mort ne veut pas de lui, il ira à elle. Il donne l'ordre d'élever
un grand bûcher sur le mont Oeta, et de l'y porter. On le soulève,
on le dépose sur le bûcher .
Il prie Philoctète, son meilleur ami, de prendre une torche et de mettre
le feu au bûcher. Alors les flammes montent. Des volutes de fumée
tourbillonnent. Cela dure longtemps. Quand le brasier s'éteint enfin,
Héraclès a disparu.