Suplices de rois

 

 

 

Tantale

Son supplice est si cruel qu'il en est devenu... banal. Un supplice modèle, courant, commun : qui ne connaît pas le " supplice de Tantale " ? Tantale souffre pour l'éternité. Mais Zeus dirait qu'il l'a bien cherché. Tantale a été trop loin. A présent, il est puni en ne pouvant pas aller assez loin: il ne peut atteindre les fruits qui apaiseraient sa faim ni l'eau qui étancherait sa soif.

Autrefois, Tantale était riche, beau, heureux et roi de Lydie. Il était fils de Zeus, et parmi tous ses enfants mortels son fils préféré. Tantale était aimé de tous les dieux et même invité souvent sur l'Olympe à festoyer avec eux. Rare privilège ! Aucun mortel n'a jamais eu le droit de goûter le fameux nectar, et l'ambroisie. Il vivait dans un palais somptueux, flamboyant d'or et d'ivoire. Alors quelle mouche l'a piqué, un jour ? ...

Il invite un soir les dieux chez lui, il leur sert un repas somptueux. La vaisselle est d'or fin, des musiciens jouent doucement de la lyre, le vin rougeoie dans les coupes... Et dans les assiettes, soudain, la plus horrible, la plus monstrueuse des nourritures: les membres rôtis de son propre petit garçon, Pelops. Tantale offre cela aux dieux ! A-t-il voulu s'amuser à les berner ? A-t-il voulu les souiller du crime de cannibalisme ? A-t-il voulu, par un effroyable orgueil, démontrer aux dieux qu'il était facile de les tromper ? Personne ne le sait. En tout cas, les dieux ne s'y sont pas trompés. Ils l'ont condamné à l'atroce supplice. Tantale baigne pour l'éternité dans ce cours d'eau limpide, la soif le dévore et chaque fois qu'il porte ses lèvres à l'eau, elle se retire. La faim le tenaille et chaque fois qu'il tente d'attraper ces beaux fruits, ils s'éloignent. Il demeure là à jamais, la gorge brûlante et desséchée, le ventre douloureux, et l'esprit fou de désir inassouvi.

 

Ixion

Voici l'un des plus grands criminels des Enfers. Il est ligoté à cette roue infernale que l'une ou l'autre des lugubres Parques de la Mort fait tourner, tourner, tourner... éternellement. Il est doublement criminel. Deux fois de suite il a provoqué Zeus. Deux fois, c'est trop.

Le premier crime d'Ixion est d'avoir préc!pité son futur beau-père dans une grande fosse enflammée, après l'avoir gentiment invité à son repas de noces. Pour lui montrer qu'il était grand seigneur et qu'il lui passait ce petit écart, Zeus a invité Ixion à oublier son crime dans un grand festin olympien. Et Ixion n'a rien trouvé de mieux à faire que de séduire Héra, la propre femme de Zeus! Comme Zeus a vu venir la chose, il donne à un nuage la forme d'Héra. Et Ixion s'unit bêtement au nuage! Cette fois, Zeus ne pardonne pas.

 

 

 

 

Sisyphe

Son crime: avoir divulgué les secrets des dieux. C'est peut-être un des plus grands crimes que les hommes puissent faire contre les dieux. Car alors, où finit l'homme et où commence le dieu ? Sisyphe est roi de Corinthe et il possède le plus beau troupeau de l'isthme. Il va souvent admirer ses bêtes, sur les grands plateaux ventés où elles paissent. Un jour qu'il est là, heureux, les deux mains appuyées sur son bâton ouvragé et le menton sur les deux mains, il aperçoit un aigle en train d'enlever une jeune fille. La malheureuse crie et se lamente à qui peut l'entendre, et à la vérité il n'y a pas grand monde pour l'entendre sur ces plateaux désolés. Sauf Sisyphe, qui voit tout. Mais cet aigle-là est vraiment immense, inhabituel, extraordinaire, surnaturel. Beaucoup plus beau qu'aucun oiseau morteL. Seul Zeus peut avoir ainsi le toupet d'enlever une jeune fille en prenant la forme d'un aigle. Et quel aigle !

Quelques jours plus tard, le dieu-fleuve Asopos vient trouver Sisyphe en pleurant: sa fille chérie, Egine, a disparu. Asopos pense qu'elle a été enlevée... Sisyphe comprend tout. Et il raconte à Asopos ce qu' il a vu. Le grand aigle surnaturel, sûrement Zeus, la jeune fille en pleurs... A-t-il aussi compris, Sisyphe, quand il s'est retrouvé brutalement aux Enfers, dans la section des tortures éternelles, a-t-il compris qu'il avait trop parlé ? Qu'il y avait des choses que l'on croyait voir, mais qu' il ne fallait pas avoir vues ? Sans doute, mais c' est trop tard.

Il est condamné à rouler une pierre monstrueuse au sommet d'une montagne, d'où elle redescend aussitôt. ,Et cela pour l'Eternité. Mais certains disent que la pierre que remonte inlassablement Sisyphe, jour après jour, n'est autre que le disque solaire.